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S'adapter à l'augmentation de la salinité dans le Delta du Mékong

Mis à jour : févr. 6

Véritable grenier à riz de l’Asie, le Delta du Mékong est le coeur de l’agriculture vietnamienne surtout orientée vers la riziculture, l’aquaculture et l’arboriculture. Cette zone est néanmoins menacée par la salinisation lente mais progressive de ses sols et de ses eaux, entraînant pertes de rendement et difficulté à produire. L’ACIAR (Australian Center for International Agricultural Research) en partenariat avec des agriculteurs et des chercheurs locaux s’est donc penché sur ce problème pour identifier un système de culture pérenne riz/crevette mis à mal.


La rotation riz/crevette menacée


L’association riz/crevette dans le delta du Mékong n’est pas nouvelle, elle date d’au moins 40 ans. Cette association vertueuse - culture de riz pendant la saison des pluies où l’eau douce est disponible en profusion, et élevage de crevette en saison sèche (décembre à avril) lorsque la concentration en sel dans les eaux augmentent - semblait durer.

Cependant les effets du changement climatique, avec une période pluvieuse diminuée de mai à novembre, mais aussi des mauvais choix de gestion des eaux dans le delta menacent ce système synergique. La disponibilité en eau douce est faible même en saison des pluies pour le riz et les températures des eaux deviennent trop élevées pour les crevettes en saison sèche. En temps de sécheresse, la rareté de l’eau est accentuée, ce qui entraîne une remontée d’eau salée et donc une salinisation des eaux et des sols du delta du Mekong. Cela a particulièrement été visible lors de la période culturale 2015/2016, soumise à une forte sécheresse.


Les crevettes ont aussi été affectées par une réduction de la qualité des sols et des eaux entraînant l’émergence de certaines maladies.


Le changement climatique n’est cependant pas le seul responsable de cette diminution en eau douce disponible. L’homme est aussi directement responsable car il a construit des barrages à chute d’eau pour récupérer de l’énergie en amont.


Il faut donc pouvoir s’adapter à la disponibilité en eau douce qui diminue et à la salinisation qui augmente en période sèche.


L’ACIAR, promoteur d’un projet de recherches


En partenariat avec les autorités locales du delta du Mékong et des universités comme la Can Tho University (CTU), l’ACIAR a donc choisi d’aider les agriculteurs à s’adapter à la disponibilité décroissante en eau douce. Pour cela une sélection de parcelles et d’agriculteurs tests a été réalisée par les chercheurs avec les autorités locales. Ces parcelles se situent dans le Sud du Delta au niveau de Ca Mau.


Province de Ca Mau au Vietnam

L’ACIAR a ensuite rencontré les agriculteurs avant de les choisir définitivement. Débutée en 2014, la première phase s’est terminée en 2017 pour un investissement total de 1,3 million d’euros (1,46 millions de dollar américains) [1]. Un renouvellement a eu lieu jusqu’en 2019 pour suivre l’évolution des pratiques et des rendements grâce au projet et la meilleure résilience aux événements de forte salinisation.


Pour pouvoir comparer l’apport réel des techniques par l’ACIAR, des témoins géographiquement proches sont aussi suivis. Ceux-ci n’ont donc pas modifié leurs pratiques culturales. Au total 5 hectares de parcelles sont exploitées par 6 agriculteurs bénéficiant des techniques de l’ACIAR.


Les partenariats avec les agences de vulgarisation et les agriculteurs ont facilité le transfert d'informations, instauré un climat de confiance entre agriculteurs et chercheurs, et permis au projet de tester les pratiques de gestion dans les exploitations plutôt que sous des conditions de laboratoire contrôlées.


La technique AWD


La Alternate Wet and Dry irrigation est un système de gestion de l'eau dans lequel les rizières ne sont pas continuellement submergées mais peuvent sécher par intermittence pendant la riziculture. [2] L’AWD convient aux zones de riziculture de bas-fond où les sols peuvent être drainés tous les 5 jours. De plus cette technique est utilisée en saison sèche pour drainer les champs, et non en saison humide lorsque les précipitations sont trop importantes.



Le système de l’AWD est simple, on place un tuyau (parfois en bambou) de telle sorte que les 20 cm inférieurs de la partie perforée restent sous la surface du sol et les 10 cm non perforés au-dessus de la surface. Les perforations permettent à l'eau d’aller du sol à l'intérieur du tube, où une échelle est utilisée pour mesurer la profondeur de l'eau sous la surface du sol. On a donc la profondeur de la nappe.




Après l'irrigation dans le champ, la profondeur de l'eau diminue graduellement à cause de l'évapotranspiration, de l'infiltration et de la percolation. Lorsque le niveau de l'eau baisse de 15 cm sous la surface du sol, il faut irriguer le champ jusqu'à une profondeur de 5 cm. Pendant la phase de floraison du riz, le champ doit être maintenu inondé. Après la floraison, en mi-saison et en fin de saison (stades de remplissage des grains et de maturation), on laisse le niveau d'eau descendre sous la surface du sol à 15 cm avant de procéder à un nouvel arrosage. [3] Les rizières sèchent donc avec parcimonie.



Cette technique n’est pas réalisable sur toutes les topographies sur tous les sols et conditions climatiques. En définitive elle permet d’économiser la ressource en eau douce, sans perdre de rendement sur le riz tout en diminuant les engrais ajoutés.


L’élevage de crevette.


En parallèle, les éleveurs se sont tournés vers la crevette, bien plus rentable que le riz. Cependant les bienfaits écologiques, structurels et sociaux du riz sont avancés par les chercheurs pour inciter les exploitants à garder leur production rizicole. En effet le paillage de riz bloque certains ravageurs par exemple. En définitive il semble que les agriculteurs aient perçus le bénéfice mutuel que représente le riz et la culture de crevette sur le delta du Mékong.


Conclusion :


L’association riz/crevette semble être une rotation pérenne dans ces régions du Mékong. Des techniques nouvelles, tel l’AWD, peuvent permettre de garder ces cultures même en contexte de salinisation comme dans notre cas d’analyse grâce à une meilleure gestion de l’eau. D’autres projets d’adaptation ont vu le jour grâce à l’ACIAR avec par exemple une question sur les différentes rotations possibles et un éventuel changement d’une rotation de riz par une autre culture si les conditions climatiques deviennent plus avantageuses pour cette dernière.


N’ayant pas pu nous rendre sur les lieux du projet il nous manque de nombreuses données pour conclure au bien fondé de cette technique d’adaptation.


Sources :


[1] https://www.aciar.gov.au/sites/default/files/project-page-docs/fact_sheet_smcn_2010_083_a.pdf


[2] Journal of Agricultural Science - Vol. 3, No. 3; September 2011 “Achieving More with Less Water: Alternate Wet and Dry Irrigation (AWDI) as an Alternative to the Conventional Water Management Practices in Rice Farming” by Tejendra Chapagain (Corresponding author) & Andrew Riseman


[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Alternate_wetting_and_drying

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