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Une volonté de protéger l'avancée de la mer par une plantation de mangroves.

Depuis 1990, sur la municipalité de Kalibo au Nord de l’ile de Panay, l’association KASAMA (KAlibo SAve the Mangrove Association) entretient l’Eco-Parc de Bukhawan qui constitue désormais une barrière naturelle face aux catastrophes climatiques. A l’inverse de l’ancienne plage récréative, ce parc de 250 hectares de mangroves, entièrement créé par l’homme, a notamment permis de réduire les impacts des inondations et des typhons dans la région tout en permettant une amélioration de la biodiversité et des conditions de vie au quotidien des habitants.




L'Eco Park de Bukhawan.


L’Eco Park de Bukhawan est situé au sein même de la municipalité de Kalibo qui comprend 16 Barangays dont 7 côtiers et où la pêche représente plus de 30% des activités locales des 110 000 habitants. Ce parc a vu le jour en 1990 grâce à l’association KASAMA, crée en 1989, s’appuyant sur 30 familles pour la plantation des 50 premiers hectares de mangrove dans la région. Il est important de noter qu’il n’y avait, historiquement, pas de mangrove dans cette zone ce qui fait de cette forêt une « man made forest » remplaçant l’ancienne plage de loisir.


La région est particulièrement marquée par une intensification des épisodes d’inondations qui deviennent également de moins en moins prédictibles depuis les années 80. A cela s’ajoute également une forte augmentation de l’érosion des côtes notamment due à la violence des typhons


Un projet de protection des côtes mené par l'association KASAMA.


Du fait de l’intensification de ces épisodes climatiques et de l’augmentation de leurs impacts sur les populations côtières, l’association KASAMA a décidé, en accord avec le gouvernement local et le DENR (Department of Environment and Natural Ressources), de remplacer la plage de loisir comme vu ci-dessus. C’est le DENR qui a notamment rendu ce projet possible en fournissant des plants gratuits au début du projet.


L’association est aujourd’hui constituée de 250 membres dont 25 travaillant à temps plein sur l’écoparc. L’activé de plantage de la mangrove, dont la technique a été donnée par le DENR et qui consiste à planter un arbre tous les mètres en l’accrochant à un tuteur pour éviter qu’il soit emporté par les marées, est principalement assurée par les membres de cette association. Ces derniers reçoivent 1 pesos par plant récupéré et 1 pesos à chaque fois qu’ils en plantent un nouveau. Ce coût est assumé par le LGU qui aide également au développement des activités sur le parc en invitant étudiants et ONG à prendre part aux activités de plantage.


En 30 ans, l’écoparc est passé de 250 000 arbres sur 50ha à plus de 1 900 000 arbres sur environ 250 ha avec une composition de 80% de Rhizophora Mangle (« palétuvier rouge »), 10% de Api Api (ou Avicennia Marina, « palétuvier noir ») et quelques autres espèces minoritaires.


Des enjeux et conflits provoqués par la mise en place de l'eco park.


La mise en place de ce parc ne s’est pas faite sans rencontrer de nombreux conflits. En effet, la population locale préférait initialement conserver la plage de loisir plutôt que voir apparaitre une mangrove à la place. L’association a mis du temps avant de réussir à changer les mentalités et permettre aux habitants de se rendre compte de tous les avantages permis par l’écoparc avec notamment le tourisme qui est maintenant bien plus important qu’à l’époque.


De plus, lors des prémices du projet dans les années 90, le parc a rencontré de nombreux problèmes d’abattages clandestins (pour le charbon, les constructions ou encore pour les feux domestiques) et de pêche illégale. Cela a donc obligé l’association à créer une écopolice en 2000 qui est maintenant constituée de 12 écopoliciers dont 8 sont payés par le LGU et 4 directement par le parc.


Enfin, personne n’a souffert financièrement lors de la mise en place de parc car même les pêcheurs qui étaient traditionnellement présents sur le site ont été déplacé de seulement 30m dans une zone spécifiquement allouée pour eux. De plus, cela leur a même été bénéfique car l’écosystème de la mangrove leur permet maintenant de pêcher plus près des côtes au lieu de se rendre à plus de 3 km en mer comme avant.



Cette mangrove a pour vocation première de constituer une barrière physique face aux typhons et tsunamis en brisant les vagues bloquant ainsi le courant : la forêt protège les régions des hausses du niveau de la mer et absorbe le choc des vagues. On peut citer, par exemple, le cas d’un tsunami en 2013 qui aurait fait monter le niveau de l’eau de seulement 25 cm sur les barangays de l’écoparc contre une montée de presque 2 mètres pour les habitations situées à moins de 5 kilomètres de la zone de mangrove.


Nous pouvons également noter que la mangrove permet à la fois une absorption de sel, une diminution de la température alentour mais aussi une lutte efficace contre l’érosion des côtes. En effet, là où l’érosion est un sujet extrêmement important aux Philippines, la mangrove de Kalibo permet un ré-ensablement et donc l’extension de l’écosystème allant de 5 à 10 hectares par an. Le DNER, propriétaire de ces terres, donne son accord pour laisser avancer la mangrove.


De plus, la mangrove de Kalibo est un nouvel écosystème qui localement entraine une augmentation des populations d’espèces déjà présentes mais également l’apparition de nouvelles espèces comme des oiseaux, des mollusques et des mammifères. Pour surveiller l’évolution de ces populations, des membres de l’associations effectuent des comptages avec des pièges à relever tous les matins. Ces derniers ont été formés par des chercheurs internationaux (Australie, Royaume-Uni et Japon) et par des employés du DENR qui restent présents aux réunions mensuelles en tant qu’assistants techniques et qui peuvent demander de voir ces inventaires pour contrôler les populations présentes.


Enfin, sur un plan sanitaire, cette forêt de mangrove lutte contre les marées rouges qui s’attaquent aux coques et qui sévissent dans les autres municipalités sans jamais atteindre Kalibo.


L'Eco Park permet la mise en place de tout un système économique avec les populations locales.


Couplé à ces bénéfices environnementaux, l’écoparc de la commune de Kalibo entraine aussi des retombés économiques à travers les activités qu’il met en place. On peut notamment diviser ces diverses activités économiques en deux grands ensembles : selon si les revenus sont pour le parc ou pour la population.


Tout d’abord, les retombées économiques pour l’écoparc correspondent aux activités de tourisme et de vente. En effet, le parc propose à la vente : citronnelle cultivée sur place, charbon vert fait à partir des feuilles des arbres, vers destinés à la consommation mais aussi semis de mangrove (3 pesos pour les graines, 15 pesos pour le plant) à destination d’ONG ou d’autres parcs. Parallèlement, le parc vend plus de 30 000 tickets d’entrée du parc par an et propose également un service de restauration sur place. A eux seuls, les tickets permettent de financer les 150 000 pesos de budget global du parc par mois (dont 10 000 utilisés uniquement pour la maintenance de la passerelle en bois traversant la forêt).

Les membres de l’association, quant à eux, peuvent gérer des cultures de coques et crabes sur le parc dont les bénéfices leur reviennent directement.


Il n’y a pas vraiment de vision à long terme concernant l’aggravation du changement climatique sur ce projet. En effet, leur politique est principalement basée sur une volonté de « planter, planter, toujours planter » au fur et à mesure de l’avancée des terres sur la mer.


Que retenir de l'Eco Park mis en place par KASAMA?


La forêt de mangrove artificielle de Kalibo semble être un bon levier pour lutter de façon efficace contre les catastrophes climatiques dans la région en agissant en tant que barrière naturelle face aux vagues et aux vents violents. De plus, cet écoparc permet le développement d’activités sociales en permettant notamment aux membres de l’association de prendre part à la vie du parc et à son entretien. Le seul point potentiellement problématique est la vision à long terme car ces derniers n’ont pas changé de politique en 30 ans là où le changement climatique s’est accentué.


Nous avons été impressionnés par le sérieux avec lequel cet écoparc est entretenu par l’association qui a une réelle volonté de le sauvegarder tant dans sa vocation de barrière naturelle que d’écosystème riche. Toutes les activités de contrôle de l’écosystème et de surveillance sont effectuées par des membres de l’association ce qui permet d’impliquer la population.

La technique employée pour planter la mangrove a souvent été décriée mais nous n’avons pas les connaissances nécessaires pour comparer ces différentes techniques.









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